Florilège de textes sur trolling, vandalisme et discorde en ligne
Hello folks,
vous êtes sans doute arrivés ici après mon interview avec Vinvin et Jean-Marc Manach au Vinvinteur (épisode 28 : « Les trolls, ce douloureux problème ») de France 5. Ce billet vous propose un petit florilège – amoureusement concocté par Votre Dévoué – de mes articles, interviews et présentations sur le trollage, le vandalisme et les formes de la discorde en ligne. Il s’agit des textes qui ont constitué la base de la version extendend play du « Gros t’chat avec Antonio Casilli ». Ps. Tous les textes sont accessibles en ligne. La seule, remarquable, exception est représentée par le chapitre sur le trolling de mon livre Les liaisons numériques pour lequel, paraît-il, il faut encore débourser des d’€€€ (ou alors il faut être des lecteurs super-motivés…).
- Antonio A. Casilli (2010)
« Que va-t-on faire du troll ? », in Id. Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ?, Paris, Ed. du Seuil, pp. 314-325.
« L’hypothèse qui sous-tend souvent les écrits à ce sujet est que la déviance dans le Web serait surtout un phénomène informel, quotidien, et répandu au niveau collectif. (…) S’il est difficile d’appliquer des sanctions traditionnelles, cela ne veut pas dire que les communautés en ligne sont des repaires de déviants sans foi ni loi. C’est plutôt que leur fonctionnement est plus efficacement assuré par une réglementation contextuelle, adaptée à une déviance qui dépend des conditions d’interaction. Des comportements tout à fait acceptables dans une situation particulière peuvent être perçus comme déviants dans d’autres. »
- Antonio A. Casilli (2010) « Le chapeau d’Exu », in Id. Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ?, Paris, Ed. du Seuil, pp. 327-333.
« Exu est une personnification de la communication. Il assure l’échange et l’interaction entre les hommes. Mais son rôle est ambivalent. Il est capable à la fois de provoquer le malentendu et, à travers la parole, de réconcilier les parties en cause. Il brise un lien social entre les deux hommes (leur amitié) et le remplace par un lien nouveau, ambigu. Le chapeau à deux couleurs symbolise ce lien. Il est l’emblème de quelque chose qui dépasse les affinités et les loyautés. Les deux amis s’aiment mais sont prêts à s’entretuer. Il dépasse aussi les notions de justice et de vérité. Exu le dit bien, « vous aviez tous les deux raison ». Les deux hommes sont dans le vrai, mais ce n’est pas le fait d’être dépositaires d’une information exacte qui est à la base de leur entente. Ils doivent à présent apprendre à s’interroger sur le type de lien qui les unit. Est-ce que les sentiments, l’attachement peuvent suffire ? Exu semble, à sa manière taquine, vouloir mettre cela en doute. L’affection qu’ils ont l’un pour l’autre ne met pas les deux amis à l’abri de la discorde. Objet absurde, image du caractère même de cette divinité capricieuse, le chapeau est là non seulement pour rappeler la fragilité des liens humains, mais pour montrer qu’ils peuvent prendre des formes parfois surprenantes. »
- Antonio A. Casilli, Yann Leroux et Pacome Thiellement (2012) Psycho-politique du troll, podcast Radio France Culture « Place de la Toile » avec Xavier de la Porte, 24 mars.
« J’ai une vision du troll comme d’un personnage éminemment enraciné dans le présent et dans une certaine narration de l’histoire, un discours idéologique « de libération ». Le troll à mon avis incarne une figure de cette libération, à savoir le troll actuel a remplacé le prolétariat en tant que sujet historique du XIXe et XXe siècle. Aujourd’hui on pourrait et on devrait d’ailleurs parler de « trollétariat » : dans l’économie de l’attention et de la conversation d’un service comme Facebook vous avez des pauvres et des démunis de la participation et des contenus – ce sont les trolls. Ils sont là pour introduire un élément de trouble dans cette production constante de sens et de valeur qu’est l’Internet – des Robins des bois de l’attention, si on veut… »
- Antonio A. Casilli (2012) Pour une sociologie du #troll, Bodyspacesociety, 24 mars.
« Le troll, surtout dans son incarnation de troll « revendicatif », nous permet d’introduire une autre question qui nous tien à coeur : peut-on reconnaître une dimension politique de la pratique du trolling en ligne ? Même si les trolls revendicatifs ne sont pas anti-hégémoniques au sens gramscien du terme (l’hégémonie culturelle et commerciale des groupes industriels qu’ils critiquent n’est pas véritablement menacée par leur comportement), leurs commentaires et leurs blagues exposent l’hypocrisie des entreprises qui s’affichent à l’écoute de leurs consommateurs. Le roi est nu, et son service client est une arnaque… Mais, dans la mesure où « tout marché est une conversation » (pour reprendre la célèbre formule du Cluetrain Manifesto), le trolling s’emboite parfaitement avec le contexte plus vaste de la culture du Web participatif contemporain, la Toile de commentaires et de dialogues qui se veulent libres mais qui en réalité sont formatés et complètement compartimentés. »
- Antonio A. Casilli (2012) Miss Trollmédia a rencontré pour vous…, Miss TrollMedia, 25 mai.
« Je suis profondément convaincu qu’on ne peut pas ne pas être troll à un moment ou à un autre. On est toujours le troll de quelqu’un d’autre. Si j’étais un sociologue du XIXe siècle j’en tirerais une loi sociale : « pour tout individu X, il existe au moins un autre individu Y tels que X soit en position de trollage par rapport à Y en ce qui concerne un domaine ou une question spécifique ». Le troll est une catégorie relationnelle, qui n’a rien de subjectif. «
- Antonio A. Casilli (2012) Les trolls, ou le mythe de l’espace public, OWNI, 26 juin.
« En ce sens, le trolling menace de court-circuiter et de remodeler, de façon dialectique et conflictuelle, les espaces de discussion civilisés (ndlr : polis) que les démocraties modernes considèrent toujours comme leur espace politique idéal. L’existence même de trolls anonymes, intolérants et aux propos décalés témoigne du fait que l’espace public (défini par le philosophe allemand Jürgen Habermas comme un espace gouverné par la force intégratrice du langage contextualisé de la tolérance et de l’apparence crédible.) est un concept largement fantasmatique. «
- Antonio A. Casilli (2012) Wiki prof de raison, OWNI, 29 oct.
« Chaque page Wikipédia procède, plus ou moins, de sa propre controverse interne. Les auteurs de chaque article se disputent sur comment ce dernier est argumenté, classé, référencé. Ou alors sur l’ajout de liens externes et sur l’orthographe de certains noms. Mais la plupart du temps, ils se disputent sur le point de savoir si les sujets sont ou pas “notoires” — c’est à dire, dans le jargon wikipédien, s’ils donnent ou pas matière à un article. (…) L’impact et le sens de telles discussions entre contributeurs mettent en évidence l’existence de vibrantes communautés qui s’agrègent autour de sujets bien déterminés. À telle enseigne qu’actuellement on peut définir Wikipédia comme un service de réseautage social comme les autres. Finalement, ses utilisateurs partagent leurs intérêts sur leurs profils comme on peut le faire sur Google+, ils gagnent des badges comme sur Foursquare, discutent publiquement comme sur Twitter et leur vie privée est constamment mise à mal — comme sur Facebook. »
- Antonio A. Casilli (2012) Wikipédia (toujours) prof de raison, OWNI, 5 nov.
« En fin de compte, les vandales auront accompli la fonction essentielle de susciter auprès des autres utilisateurs cette “vigilance participative”, moteur de la gouvernance de Wikipédia. Par leurs modifications provocatrices ou destructrices, ils revivifient l’attention pour des sujets depuis longtemps figés, ils stimulent les discussions en sommeil, ils réveillent les consciences. Ainsi, ils obtiennent le résultat paradoxal de favoriser la coopération par l’abus, la participation par la discorde – et la connaissance par l’ignorance. »
- Antonio A. Casilli (2013) Twitter: s’il vous plaît Votre Sainteté, nourrissez le #troll, The Huffingtonpost, 06 février.
« Heureusement, Votre Sainteté, vous n’êtes pas un leader démocratique. Je sais que vous ne prendrez pas cela comme une insulte, parce que j’essaie simplement d’établir un état de fait. Vous êtes le monarque d’une théocratie. Votre forme distinctive de gouvernement (comme en témoigne le ton quelque peu… »pontifiant » de vos tweets) n’est pas exactement propice à l’accès généralisé au débat démocratique. Donc, je ne vois pas pourquoi votre espace politique devrait être considéré comme une sphère publique. En fait je crois que vous êtes habitué au trollage, parce qu’autant que vous, vos prédécesseurs des siècles passés avaient déjà fait l’objet de commentaires indélicats. Bien sûr, à cette époque, les critiques portaient d’autres noms: hérésie, blasphème, apostasie…Assurément, le ton et le contenu des commentaires négatifs véhiculés sur Twitter n’étaient pas différentes des critiques que l’Église catholique endure depuis longue date: mauvaise conduite sexuelle, corruption des hiérarchies de l’Église, opinions contraires à la foi catholique sur la divinité du Christ ou sur la dignité apostolique, etc. »
- Antonio A. Casilli (2013) [English] Habemus trollum: why the new Pope’s Twitter account ‘mirrors’ its detractors, Bodyspacesociety, 14 mars.
« Establishing a dialogue with critics was one of the staples of the official message for the 47th world communications day, as well as of the Pontifical Council for Social Communications position statement about social networking: trolls might be “far from the Catholic faith”, but they appear to be “on their own quest for the meaning of human life” and the Church has to take into account their “real and urgent requests, as they face doubts and challenges that are consistent with today’s existence”. This new phase in troll evangelization is one of mirroring, where Papacy tries to convey cultural understanding of its adversaries by adopting their codes and mannerisms. And the trolls are playing along. Mirroring is welcomed by counter-mirroring, where the Pope’s identity is instantly embedded in the utterances of Twitter trolls. »
- Antonio A. Casilli (2013) [Slide + Biblio] Trolling et conflictualité sociale à l’heure du digital labor, Bodyspacesociety, avril 19.
« L’émergence du trollétariat est une conséquence de la précarisation de la « classe créative » dont parlait Richard Florida, ou alors de la « virtual class » d’Arthur Kroker ou des « hackers sublimes » mentionnés par Christophe Aguiton et Dominique Cardon… Nous évoluons dans un système caractérisé par une production de masse de plus-value cognitive (cognitive surplus). Voilà ce qui est mis à profit dans le capitalisme cognitif. Mais le fait de vouloir imputer cette production à un « cognitariat » (comme le faisait Alvin Toffler dans les années 1980), voire à « pronétariat » (pour reprendre la formule introduite par Joël de Rosnay en 2006), fait fi de la spécificité conflictuelle de cette tranche de la population. Ces prolétaires numériques ne demeurent pas désarmés : ils trollent. Les « cultures troll » doivent alors être interprétés comme des dispositifs politiques pour contourner l’exploitation du digital labor… »
- Antonio A. Casilli (2013) [English & French] Qui sont les #anarcoinsultazionisti ? Trolling libertaire et politique de la discorde sur Twitter, Bodyspacesociety, 10 mai.
« Comme son homologue français Laurent Joffrin avant lui, le journaliste-vedette Enrico Mentana quitte soudainement Twitter, exaspéré par les insultes des « anonymes ». La présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini, parle alors d’« anarchie sur le Web ». Plusieurs voix se lèvent pour inviter ces personnalités publiques à renoncer à leurs « prétentions d’immunité » et à accepter le potentiel anarchique de la conversation sur les réseaux. Et les soi-disant anonymes de Twitter ? Ils s’interrogent, justement, sur cette énième campagne de diabolisation et – taquins – assimilent leur trollage des stars à une manifestation contemporaine de l’anarchisme insurrectionnaliste. »
Who are the #anarcoinsultazionisti? Insurgent trolling and the politics of discord on Twitter
[Scroll down for French translation]
Are Italian trolls uniting to oust celebrities from Twitter? At least one may think so after witnessing the birth of the satirical hashtag #anarcoinsultazionistingi (“anarcho-insultationists”).
A little background. Much like his French counterpart Laurent Joffrin, Italian newsman Enrico Mentana do not like the informal style of conversations going on in social media. So he left Twitter, because he couldn’t take any more abuse from his “anonymous” followers. Laura Boldrini, the president of the Chamber of Deputies, also fulminated against such examples of “online anarchy”. Yet several public figures expressed their disapproval of their colleagues “claims of immunity”, and invited them to abide by the social codes of the potentially anarchic online platforms. But what did the so-called “anonymous Twitter users” do? They tried to make sense of this new moral panic surrounding trolling, by equating – jokingly – their behaviour to a contemporary manifestation of insurrectionary anarchism.
« Anonimo su Twitter » is the new « anarcoinsurrezionalista ».
— Ermes Cumani (@imdade) May 10, 2013
“’Anonymous on Twitter’ is the new ‘anarcho-insurrectionist’ ”.
There’s a fine line between this little pleasantry and the birth of the anarcho-insultationist ephemeral hashtag. The latter is a perfect implementation of the « lulz » modality of political discord, which the troll ethos is so eagerly advocating. To the Italian ear, « anonymity » and « anarchy » rhyme, like in the lyrics of Addio Lugano Bella, a famous revolutionary chant composed by Pietro Gori in 1895: “Anonymous comrades, friends who remain / the social truths do spread like strong people”. To your ear, dear reader, they probably resonate with what I previously discussed elsewhere: how trolling can be regarded as a symptom of the collapse of the public sphere. Exeunt the modern democratic ideals of civilized discourse, as well as the recognizable spokespersons developing structured arguments. Enter the inappropriate comments polluting the debate, which show that the debate itself is delusional – nothing more than a political superstition. To give you a little food for thoughts, here’s a small selection of tweets (with translation):
Ulisse che disse a Polifemo « Io sono Nessuno » possiamo considerarlo:il primo anonimo e il primo troll della storia?#anarcoinsultazionisti
— zeropigi (@zeropregi) May 10, 2013
“Can we consider Ulysses, who told Polyphemus ‘I’m Nobody’, as the first anonymous and the first troll in human history?”
W il Mugugno libero. E gratuito. #AnarcoInsultazionisti — Meo Birba (@meobirba) May 10, 2013
“Up with free and gratuitous rumblings of discontent.”
A capo della colonna romana degli #anarcoinsultazionisti c’è @zeropregi. ecco le prove: twitter.com/barb3tta/statu… — Barb3tta (@barb3tta) May 10, 2013
“The leader of the Roman column of #anarchoinsultationists is @zeropregi. Here is the proof: ‘I just said you’re shit / No need to give reasons for that / you shit’”
non la posso fa’ l’ #anarcoinsultazionista perché m’hanno detto che pe’ la lotta di classe si dev’esse eleganti e c’ho solo l’anfibi :( — alle (@allegrargella) May 10, 2013
“I cannot be an anarcho-insultationist because they say one must be smart to fight in the class war, and I wear bovver boots.”
Quando l’anarcoinsultazionismo verràtutto twitter sarà trasformatoe delle twittstar sarà il ricordo d’infame passato. — boris battaglia (@ippoghigno) May 10, 2013
“When anarcho-insultationism will come / Twitter will be entirely transformed / and Twitter celebrities / will be nothing but an abject distant memory” [parody of the pacifist song Quando l’Anarchia verrà by Sante Ferrini]
Apprendo dall’ANZA: « All’interno dell’anarcoinsultazionismo italiano si sta formando una corrente irridentista »
— latraviante (@latraviante) May 10, 2013
“Seen on the ANZA [corruption of the name ANSA, the Italian Reuters]: ‘In the Italian anarcho-insultationist movement, an irredentist faction is developing.”
Qui sont les #anarcoinsultazionisti ? Trolling libertaire et politique de la discorde sur Twitter
Il paraît que les trolls italiens sont en train de se fédérer pour chasser les people niais de Twitter. On pourrait le croire, en assistant au déferlement du hashtag satirique #anarcoinsultazionisti (« anarcho-insultationnalistes »).
Rappel des faits. Comme son homologue français Laurent Joffrin avant lui, le journaliste-vedette Enrico Mentana n’aime pas le style informel des conversations sur les médias sociaux. Il a quitté soudainement Twitter, exaspéré par les insultes de ses followers « anonymes ». La présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini, parle alors d’« anarchie sur le Web ». Bien sûr, plusieurs voix se lèvent pour inviter ces personnalités publiques à renoncer à leurs « prétentions d’immunité » et à accepter le potentiel anarchique de la conversation sur les réseaux. Et que font les soi-disant anonymes de Twitter ? Ils s’interrogent, justement, sur cette énième campagne de diabolisation et – taquins – assimilent leur trollage des stars à une manifestation contemporaine de l’anarchisme insurrectionnaliste.
« Anonimo su Twitter » is the new « anarcoinsurrezionalista ».
— Ermes Cumani (@imdade) May 10, 2013
« ‘Anonyme sur Twitter’ is the new ‘anarcho-insurrectionnaliste’ ».
Le pas est bref de cette petite provocation à la naissance de l’anarco-insultationnalisme, hashtag éphémère qui représente une illustration parfaite de la mise en place de modalités « lulz » d’expression de la discorde politique. A des oreilles italiennes, le binôme anonymat-anarchie ne peut que résonner avec les célèbres paroles du chant libertaire de Pietro Gori Addio Lugano : « Camarades anonymes, amis qui restez / propagez avec force les vérités sociales ». En revanche pour vous, lecteurs fidèles, cela résonne avec les considérations que j’ai déjà exprimées ailleurs à propos du trolling comme symptôme de l’éclatement de l’espace public : fini l’idéal démocratique moderne de la prise de parole civilisée ; finis les interlocuteurs reconnaissables aux argumentaires structurés. C’est le temps des commentaires décalés qui pourrissent le débat et que pour cela même montrent que le débat est une illusion, rien de plus qu’une superstition politique. Pour nourrir vos réflexions, voilà une petite sélection de tweets traduits par mes soins :
Ulisse che disse a Polifemo « Io sono Nessuno » possiamo considerarlo:il primo anonimo e il primo troll della storia?#anarcoinsultazionisti
— zeropigi (@zeropregi) May 10, 2013
« Pouvons-nous considérer Ulysse qui dit à Polyphème ‘Je suis Personne’ comme le premier anonyme et le premier troll de l’histoire ? »
W il Mugugno libero. E gratuito. #AnarcoInsultazionisti — Meo Birba (@meobirba) May 10, 2013
« Vive la grogne libre. Et gratuite. »
A capo della colonna romana degli #anarcoinsultazionisti c’è @zeropregi. ecco le prove: twitter.com/barb3tta/statu… — Barb3tta (@barb3tta) May 10, 2013
« Le chef de la colonne romaine des #anarchoinsultationnalistes est @zeopregi. voilà la preuve : ‘J’ai seulement dit merde/je n’ai pas argumenté/grosse merde’ »
non la posso fa’ l’ #anarcoinsultazionista perché m’hanno detto che pe’ la lotta di classe si dev’esse eleganti e c’ho solo l’anfibi :( — alle (@allegrargella) May 10, 2013
« Je ne peux pas être anarcho-insultationnaliste parce qu’ils disent que pour la lutte des classes il faut être élégants et moi je chausse des ranjos »
Quando l’anarcoinsultazionismo verràtutto twitter sarà trasformatoe delle twittstar sarà il ricordo d’infame passato. — boris battaglia (@ippoghigno) May 10, 2013
« Quand l’anarcho-insultationnalisme viendra / Twitter tout entier sera transformé / et les people de Twitter seront / le souvenir d’un passé abject » [Parodie du chant antimilitariste "Quando l'Anarchia verrà" écrit par le poète Sante Ferrini]
Apprendo dall’ANZA: « All’interno dell’anarcoinsultazionismo italiano si sta formando una corrente irridentista »
— latraviante (@latraviante) May 10, 2013
« Lu sur l’ANZA [corruption du nom ANSA, l'AFP italienne] : ‘Au sein de l’anarcho-insultationnalisme italien, un courant irredentiste est en cours de formation »
[Video] Giornalismo partecipativo: verso la creazione di un cognitariato delle professioni dei media?
Se avete avuto modo di ascolare la mia chiacchierata con Federico Taddia su Radio 24 (a « L’Altra Europa » del 27 aprile 2013) sapete che, nel corso dell’edizione 2013 del Festival Internazionale del Giornalismo, ho partecipato alla tavola rotonda Il citizen journalism tra sfruttamento e democratizzazione in compagnia di Giovanni Boccia Artieri (Università degli studi di Urbino) e di Mafe de Baggis (co-fondatrice di Pleens).
Il video del nostro panel è disponibile qui:
Dappertutto in Europa e nel mondo assistiamo alla proliferazione di esempi di giornalismo partecipativo: semplici cittadini propongono immagini, servizi, a volte dossier completi su avvenimenti ai quali i professionisti dell’informazione non hanno accesso. Il citizen journalism è stato dunque presentato come uno straordinario strumento di democratizzazione dell’accesso alla professione giornalistica. Ma c’è dell’altro. Nella misura in cui questo giornalismo « dal basso » si combina con le utilizzazioni attuali delle reti digitali, assistiamo oggi a una sovrapposizione tra lavoro giornalistico e attività ordinarie di internauti che, senza pretese, mettono online foto, testi e video che scandiscono la loro vita di tutti i giorni. E anche questi contenuti, che non hanno inizialmente vocazione giornalistica, si ritrovano a fare notizia quando, per esempio, una grande testata cita un commento di un blog, o un telegiornale ricicla un filmato Youtube per illustrare un suo servizio.
La confusione fra citizen journalism e contenuti generati dagli utenti determina, nel quadro dell’attuale economia della contribuzione, un nuovo assetto produttivo, nel quale ogni attività digitale può di fatto essere assimilata a un’attività lavorativa. Questo digital labor, in quanto produttore di contenuti, dati e valore economico, è messo a profitto dalle grande testate giornalistiche, dai media classici e dai nuovi social media. Ma al tempo stesso, e nella misura in cui contribuisce a precarizzare le professioni giornalistiche (sottoponendo pubblicisti e giornalisti « iscritti all’albo » alla pressione concorrenziale di giornalisti-cittadini), esso ottiene anche un altro effetto: fa emergere nuove forme di conflittualità, nuove rivendicazioni e nuove maniere di ripensare il lavoro nel contesto del capitalismo cognitivo attuale.
Per inciso, molte delle cose che ho detto nel corso di questo intervento (che comincia a 17’10″), sono tratte dalle mie riflessioni in corso sul tema del digital labor. Altre, non meno interessanti, sono state discusse nel corso del mio seminario EHESS Etudier les cultures du numérique, dai miei colleghi André Gunthert (Un bilan de la ‘révolution des amateurs’, 19 marzo 2013) e Éric Dagiral e Sylvain Paraisie (Des machines à scandale : vers une sociologie morale des bases de données).
Per approfondire:
- Resoconto del dibattito sul sito Recensito
- Resoconto del dibattito sul sito Web del Festival Internazionale del Giornalismo
Nouvelles d’ANAMIA : conférences, vidéos et outils de visualisation de données
Je suis actuellement à Québec (plus précisément sur le campus de l’Université Laval) où j’ai été invité à présenter ANAMIA, notre projet ANR sur les communautés anorexiques et boulimiques du Web, dans le cadre du méga-congrès francophone canadien ACFAS. Que Georges Canguilhem ne m’en veuille pas trop, l’intitulé de ma présentation est Le normal et le parfait. Rapport au médical et émergence de normes corporelles au sein des communautés anorexiques du Web (lundi 6, 15h30, salle 3850 du Pavillon Alexandre-Vachon, colloque du CELAT, session « Corps et médias : énonciation, négociation, contestation et réaffirmation, présidée par Madeleine Pastinelli).
Par ailleurs, avec les autres membres du projet, nous venons de lancer en ligne la série de Conférences ANAMIA : des vidéos et des slides de présentations de membres de notre équipe de recherche et de spécialistes français apportant un éclairage sociologique, historique, psychologique sur les Web des troubles alimentaires et sur le phénomène pro-ana. La première vidéo est celle de La minceur, obsession ou danger, conférence de l’historien Georges Vigarello (directeur d’études à l’EHESS et auteur, entre autres, de La silhouette, 2012 ; Les métamorphoses du gras, 2010 ; Histoire de la beauté, 2004). Le montage a été réalisé par Argyro Paouri, de la cellule audiovisuelle du CEM IIAC CNRS/EHESS.
[Conférence ANAMIA] Georges Vigarello « La minceur n’est pas une obsession exclusivement moderne »
Pour terminer, un teaser de quelque chose sur laquelle nous avons travaillé ces derniers mois avec le très talentueux designer Quentin Bréant : un tools de visualisation des données collectées dans le cadre de nos enquêtes sur les utilisateurs de sites Web liés aux troubles alimentaires en France et au Royaume. Nous allons faire une présentation live sur le site Web du projet ANAMIA prochainement. Entre temps (et sans autre explication) voilà une petite galerie… question de vous donner un avant-goût.
Visualisations des données de l’enquête ANAMIA en France et au Royaume-Uni
[Vidéo] L’impact du numérique sur les disciplines et les temporalités de la recherche en SHS
Sous l’invitation de Frédéric Darbellay, le mardi 9 avril 2013 j’ai tenu une conférence à l’Institut universitaire Kurt Bösch de Sion, Suisse. Mon intervention, Transdisciplinarité et numérique : Les défis d’une recherche Just-In-Time, s’inscrit dans les travaux du Cercle interdisciplinaire de l’IUKB, en partenariat avec le département Humanités Digitales de l’UNIL, et présente les résultats du séminaire Pratiquer la transdisciplinarité dans la discipline : Les sciences sociales au prisme des usages numériques, que j’ai animé à l’EHESS de Paris entre 2007 et 2010.
Pour aller plus loin :
Antonio A. Casilli, 2011, «Pratiquer la transdisciplinarité dans la discipline. Temporalité, territorialité et réalisme des professions scientifiques», in F. Darbellay et T. Paulsen (dir.), Au miroir des disciplines, Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien: Peter Lang, pp. 65-81.
Antonio A. Casilli, 2012, «Comment les usages numériques transforment-ils les sciences sociales ?», in P. Mounier (dir.), Read/Write Book 2, Marseille, OpenEdition Press, pp. 239-247.
[Slide + Biblio] Trolling et conflictualité sociale à l’heure du digital labor
Merci à tous les participants du séminaire EPIN – COSTECH qui m’ont accueilli le 18 avril 2013 à l’Université de Technologie de Compiègne. C’était l’occasion pour moi de proposer une présentation qui relie deux des sujets qui occupent mes réflexions ces derniers temps : le trolling et le digital labor. Voilà les slides et une biblio.
Références
•Nicolas Auray, Martine Hurault-Plantet & Céline Poudat (2009) La négociation des points de vue : une cartographie sociale des controverses dans Wikipédia francophone. Réseaux, 27 (1) : 15-50.• Franco Berardi (Bifo) (2010) « Cognitarian Subjectivation »e-flux http://www.e-flux.com/journal/cognitarian-subjectivation/•Zachary Birchmeier, Adam N. Joinson, Beth Dietz-Uhler, « Storming and Forming a Normative Response to a Deception Revealed Online », Social Science Computer Review, vol. 23, n° 3, 2002, p. 108-121.•Antonio A. Casilli (2010) « Que va-t-on faire du troll ? », in Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ?, Paris, Ed. du Seuil.•Antonio A. Casilli (2012) Pour une sociologie du #troll, Bodyspacesociety, 24 mars.•Antonio A. Casilli (2012) Les trolls, ou le mythe de l’espace public, OWNI, 26 juin.•Antonio A. Casilli (2012) Wiki prof de raison, OWNI, 29 oct.•Antonio A. Casilli (2012) Wikipédia (toujours) prof de raison, OWNI, 5 nov.•Antonio A. Casilli (2013) Twitter: s’il vous plaît Votre Sainteté, nourrissez le #troll, The Huffingtonpost, 06 février.•Antonio A. Casilli (2013) Habemus trollum: why the new Pope’s Twitter account ‘mirrors’ its detractors, Bodyspacesociety, 14 mars•Gabriella Coleman (2012) Phreaks, Hackers, and Trolls and the Politics of Transgression and Spectacle, The Social Media Reader, ed. Michael Mandiberg. New York: NYU Press.•Nick Dyer-Witheford (2010) Digital Labour, Species Being and the Global Worker. Ephemera 10 (3/4): 484-503.•Ronda D. Evans (2001) Examining the Informal Sanctioning of Deviance in a Chat Room Culture, Deviant Behavior: An Interdisciplinary Journal, vol. 22, n° 3, p. 195-210.•Martin Grandjean (2012) Débattre sur Twitter : 7 éléments de comportement, Pegasus Data Project, , 31 mai.•Lewis Hyde (2008) Trickster Makes This World: Mischief, Myth, and Art, Farrar, Straus and Giroux.•Trebor Scholz (2012) « Digital Labor: Introduction », in Id. Digital Labor: The Internet as Playground and Factory, New York, Routledge.•Dominique Wolton (2007) Racines oubliées des sciences de la communication, Hermès n° 48.
[Slides] Séminaire EHESS Fred Pailler “Porno et/ou rencontre en ligne” (23 avril 2013)
Pour la sixième séance de mon séminaire Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques (qui a eu lieu le 23 avril 2013 à l’EHESS, Paris), j’ai eu le plaisir d’accueillir Fred Pailler, ingénieur d’études au CEM-IIAC (EHESS) et animateur du blog Sociographie.
TITRE : « P0rn &/or d8 : considérations méthodologiques et épistémologiques sur l’étude des rencontres et des pornographies en ligne »
INTERVENANT : Fred PAILLER (IIAC-CEM EHESS)
RESUME : Il existe une conception idéologique du web qui le scinde en deux régions imperméables l’une à l’autre, le web normal et le web pornographique. On retrouve cette distinction dans l’évidence qui voudrait que pratiques de la rencontre et usages de la pornographie en ligne ne soient pas de même nature et dans le fait qu’elles soient abordées, même par les chercheurs, comme des objets différents. De fait, les choses sont autrement plus enchevêtrées que cela, et, par exemple, nombre d’usages du dispositif technique dans l’optique d’une rencontre sexuelle ou sentimentale (donc implicitement et quasi-systématiquement sexuelle) sont aussi des usages sexuels du dispositif au même titre que peut l’être la pornographie. Tout dépend de la manière dont les documents, les images, les relations et les pratiques affectives seront présentées et interprétées par les sites comme par les internautes, les combinaisons étant pour le coup relativement nombreuses. Sexualités et technologies numériques de la documentation forment ainsi une série d’articulations qui ne suivent jamais une logique univoque qui faciliterait leur description objective. À la place, elles nécessitent pour ceux qui veulent les étudier une mobilité méthodologique et épistémologique dont j’essaierai de délimiter les contours.
Qu’est-ce que le Digital Labor ? [Audio + slides + biblio - MàJ 01 avril 2013]
Audio :
La notion de digital labor fait désormais l’objet de plusieurs publications et colloques de part et d’autre de l’Atlantique. Mais elle reste encore méconnue en France. Le 12 mars 2013, j’ai assuré une intervention lors de la journée co-organisée par la DGT, la DIRECCTE et la Fing Risques et opportunités des transformations du travail à l’ère du numérique. Voilà l’enregistrement audio :
Pour aller plus loin, lien vers Digital labor : portrait de l’internaute en travailleur exploité, l’émission du 8 décembre 2012 de Place de la Toile sur France Culture, que nous avons concoctée avec Xavier de la Porte, Yann Moulier-Boutang et Thibault Henneton.
Slides :
Le 26 mars, à l’invitation d’Alexandra Bidet (CNRS), je suis intervenu sur le même sujet au Collège des Bernardins dans le cadre des travaux du séminaire L’entreprise: propriété, création collective, monde commun (Département EHS).
TITRE : Qu’est-ce que le Digital labor ?
INTERVENANT : Antonio A. CASILLI (Telecom ParisTech / EHESS)
RESUME : La parution récente de l’ouvrage ‘Digital Labor. The Internet as playground and factory’, dirigé par Trebor Scholz couronne plusieurs années de recherches et fait connaître au public international un domaine émergent de réflexion autour de l’économie de la contribution d’Internet. Face aux exaltations du « don et contre-don hi-tech » et du rôle des amateurs (qui avaient marqué les études des usages TIC respectivement de la première et de la deuxième partie des années 2000), les théoriciens du digital labor pointent l’apparition d’activités sur les réseaux socio-numériques lesquelles, en tant que productrices de valeur, peuvent s’assimiler à du travail. C’est un travail banal, non spécialisé et à faible valeur marginale, comme effectuer des recherches sur Google, poster un lien sur Twitter, évaluer un produit. Mais c’est bien l’activité qui permet la création d’énormes bases de données exploitables par les géants du Web comme Facebook, ou fait vivre des plateformes d’externalisation massive du travail (crowdsourcing) comme Amazon MTurk. A partir de ce constat, bien des questions se posent : comment ce « travail numérique » réinterroge la notion même du travail et de la (co)production de la valeur ? peut-on parler d’exploitation ? nos vieux cadres d’analyse, nous permettent-ils de penser ce qui se joue là, voire de définir les contours d’un « capitalisme cognitif » ?
La BnF, Guy Debord et le spectacle schizophrène du droit d’auteur
[Mise à jour du 01 avril 2013 10h29. Ce billet a été republié sur le Huffingtonpost et traduit en anglais sur le site Web Notbored.org. Parmi les blogs ayant repris l'information, je signale celui d'Olivier Ertzscheid (Affordanceinfo) et celui d'Olivier Beuvelet (Mediapart). A lire aussi, le blog de la section FSU de la BnF - à propos du "rayonnement en interne" de mon texte...]
Il y a quelques jours je me suis rendu – avec une petite délégation de France Culture – à la Bibliothèque Nationale de France pour visiter l’exposition Guy Debord : Un art de la Guerre. L’ouverture officielle n’étant que le 27 mars 2013, l’idée était de jeter un œil à cette collection en cours de montage de notes, photos, films et textes du père du Situationnisme, afin de préparer cette émission de La Grande Table avec Caroline Broué consacrée à l’héritage de Guy Debord.
Seul hic : nous avons été accueillis par des responsables de la communication externe de la BnF, qui n’ont visiblement pas apprécié mon initiative de prendre quelques photos pour les publier éventuellement sur mon fil Twitter et sur mon blog. Peur du (mauvais) buzz ? Difficulté à saisir les logiques des médias numériques ? Pas du tout : la raison invoqué est – un roulement de tambour, s’il vous plait ! – le droit d’auteur. Ma requête s’est donc heurtée à un refus catégorique une première fois en face-à-face, ensuite par téléphone. Le reste de la dispute s’est déroulé par mail 48 heures durant.
L’essentiel de nos échanges, dont je ne reproduis pas ici le verbatim pour d’évidentes raisons de respect de mes interlocuteurs, mérite d’être consigné dans ce blog. Il nous aide à comprendre le fonctionnement d’une grande institution étatique comme la BnF à l’heure des enclosures des biens communs de la connaissance, et jette une lumière crue sur sa schizophrénie manifeste à l’égard de la question du droit d’auteur : sur-protégé quand il s’agit de ses œuvres ; dédaigné quand il s’agit de celles des autres.

Habemus trollum: why the new Pope’s Twitter account ‘mirrors’ its detractors
On February 2nd, 2013 I wrote this post describing trolling as a defining feature of Pope Benedict XVI’s Twitter presence. After establishing the role of online pontiff-bashing in helping redefine Catholicism, I concluded the Vatican should “feed the trolls”. A week later Joseph Ratzinger resigned. Of course, it’s unrelated. Only an idiot would say there’s a link betweet trolling and papal resignation. And here’s an actual idiot who said just that, in an interview with TIME magazine:
Italian Comedian-Kingmaker Beppe Grillo on Internet and Politics | TIME.com
Soon after the renunciatio, the @pontifex account was semi-discontinued. All tweets uttered in the name of Joseph Ratzinger were deleted, his avatar replaced by the Vatican symbol, the denomination Benedictus XVI supplanted by Sede Vacante (‘Vacant Chair of St. Peter’).
By now, as you know, everything is back to normal, more or less. The cardinals have elected a new Pope, and the pontifical Twitter account is back in the game… with a surprising ALLCAPS message that kind of freaked the hell out of of me. Read more


















