[Séminaire EHESS] Conflits et militances dans les interwebs russophones (16 mars 2015, 17h) #ecnEHESS

Séminaire ouvert aux auditeurs externes >> formulaire d’inscription.

Pour la cinquième séance de mon séminaire EHESS Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques j’aurai le plaisir d’accueillir Ksenia Ermoshina (Centre de Sociologie de l’Innovation, Mines ParisTech) et Rayna Stamboliyska (IRIS Sup’ Paris) pour parler des usages militants (et militaires) des technologies internet et mobiles dans le RuNet, la Toile russophone.

Le séminaire aura lieu le lundi 16 mars 2015, de 17h à 20h, en salle 5, 105 boulevard Raspail, Paris 6e arr.

Pour suivre la séance sur Twitter : hashtag #ecnEHESS.

Titre : Conflits et militances du RuNet : enjeux techno-politiques des réseaux russophones.

Intervenantes : Ksenia Ermoshina (Centre de Sociologie de l’Innovation, Mines ParisTech) ; Rayna Stamboliyska (IRIS Sup’ Paris).

Résumé : Aujourd’hui, la Russie tient surtout le rôle du grand méchant loup dans le tapage médiatique autour du conflit en cours dans l’Ukraine de l’Est. Mais des principes-clé sont totalement absents de cette conversation, notamment l’idéologie sous-tendant les grands développements géopolitiques actuels et le point de vue « local », nécessaires pour introduire la nuance dans ce tableau médiatique manichéen. Le cyberespace russe ou RuNet tient une place de choix dans l’implémentation de positions idéologiques précises et constitue un cas d’école de guerre de l’information où se rencontrent et côtoient des trolls et des opinion leaders (ou vice-versa). 

Au travers d’une exploration de cas concrets embrassant aussi bien la structuration du RuNet, les guerres informationnelles autour de la crise ukrainienne et le civic hacking russe, nous souhaitons amorcer une conversation intelligente, intelligible et équilibrée autour de la place de la Russie dans les interwebs. Nos exemples viseront plus spécifiquement à montrer comment se fait l’instrumentalisation du côté « apolitique » et à expliciter les manières dont est façonnée l’opinion publique à travers la création d’outils législatifs et techniques telles que des applications web et mobiles lesquelles parviennent à transformer des défis très concrets et quotidiens (toits qui coulent, nids-de-poule sur les routes, parkings illégaux, etc.) en armes politiques utilisées dans des campagnes militants, politiques et législatives.

Slides des séances passées :

19 novembre 2014
Antonio A. Casilli (Télécom ParisTech/EHESS)
« Le trolling en tant que ‘travail numérique’ »

15 décembre 2014
Irène Bastard (Telecom Paristech) et Christophe Prieur (Univ. Paris Diderot)
« Algopol : une expérimentation sociologique sur Facebook »

19 janvier 2015
Xavier de la Porte (Rue89)
« Retour sur l’expérience ‘Place de la Toile’ »

16 février 2015
Benjamin Tincq, Arthur De Grave (Ouishare) et Paola Tubaro (University of Greenwich/CNRS)
« L’économie collaborative : promesses et limites »

Prochaine séance :

Lundi 18 mai 2015
Boris Beaude (EPFL)
« Numérique : changer l’espace, changer la société »
salle 5, 17h-20h

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Quelle protection de la vie privée face aux attaques contre nos libertés numériques ?

Texte de mon intervention lors du colloque La France dans la transformation numérique : quelle protection des droits fondamentaux ?, Conseil d’État, Paris, 6 février.

Monsieur le président,
Monsieur le vice-président du Conseil d’Etat,
Madame la présidente de la section du rapport et des études,
Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie pour l’invitation que vous m’avez adressée de participer à cette journée de mise en débat des propositions contenues dans l’étude annuelle 2014 du Conseil d’Etat « Le numérique et les droits fondamentaux »— étude que j’ai accompagné dans ma qualité de membre du groupe de contacts et à laquelle j’ai contribué avec un texte[1].

Pour comprendre le rôle et la place des données dans le contexte socio-technique contemporain il faut d’abord prendre en compte la relation théorique existante entre vie privée et données personnelles. Les termes mêmes que nous employons pour définir ces entités (à la fois légales, techniques et politiques) s’avèrent ambivalents. Dans des réseaux où chacun d’entre nous est conçu comme un FoaF (Friend of a Friend, « ami d’ami ») en puissance, il est évident que nos données sont aussi, dans une certaine mesure, des DoaF (Data of a Friend, « données d’ami »). Toute information personnelle dévoilée ou capturée sur notre compte, dévoile et capture la vie, les opinions et les agissements des membres de notre graphe social sur Internet.

Il n’y a aujourd’hui rien de plus collectif qu’une donnée personnelle et rien de plus public que l’ensemble d’enjeux soulevés par la vie privée. Et pourtant, le débat qui porte sur ces entités est confisqué depuis des décennies par un lieu commun, vieux comme l’internet même : l’annonce de la fin de la vie privée.

 

La vie privée, on l’enterre depuis désormais deux décennies

Depuis désormais vingt ans, avec une régularité de métronome, on enterre la vie privée… Et à chaque fois ses funérailles se terminent par une photo de groupe (la dernière on l’a prise au Forum économique mondial de Davos…) où figurent tous les industriels qui profitent du marché des données personnelles, les hommes politiques qui invoquent des lois qui restreignent les libertés, les journalistes médiocres qui stigmatisent les utilisateurs de technologies numériques tout en ignorant les rudiments de l’informatique.


Force est d’admettre que chaque enterrement devient aussi l’occasion pour compter le nombre croissant d’activistes et de citoyens de plus en plus déterminés et influents qui militent pour la défense de cette vie privée qu’on voudrait morte, mais qui refuse finalement de mourir. « A l’enterrement d’la vie privée, », pour paraphraser une chanson d’Eugène Pottier, l’auteur de L’Internationale,

« on était un fier tas
à lui servir d’escorte.

Ce qui prouve en tous cas que la
vie privée n’est pas morte… »

C’est une suite romanesque, voire un cycle épique, que nous vivons : « on annonce la mort de la vie privée, on admet qu’elle est ressuscitée, on la fait mourir à nouveau, etc. »

Donc, la vie privée ne meurt pas : elle change. Et le clivage qui existe entre notre image surannée et sa réalité contemporaine détermine cette suite d’erreurs, cette confusion. Faisons alors un effort de compréhension.

Je commencerai par vous demander de m’accorder un postulat :

     Avant même d’être une valeur, la vie privée est une force sociale.

En tant que telle elle s’oppose à d’autres forces qui cherchent à la débiliter ou alors, dans la novlang des gouvernements sécuritaires occidentaux, « à l’équilibrer ». L’autre pilier de cet « équilibre » indispensable serait, tour à tour, la sécurité, l’innovation, la transparence… Voilà toutes les autres forces sociales que le premier ministre Manuel Valls a eu la gentillesse de répertorier pour nous à l’occasion du European Data Governance Forum du 8 décembre 2014.

 

Notre notion de la vie privée a changé : de la privacy as penetration à la privacy as negotiation

Si cette rhétorique trompeuse de la « fin de la privacy » est difficile à dissiper, c’est parce que notre manière d’envisager la vie privée a changé, à tel point qu’elle est devenue méconnaissable[2]. Nous avons hérité du 19e siècle une notion de vie privée en tant qu’entité monodirectionnelle, centrée autour d’un noyau dur d’informations sensibles. Cette vision, désormais inadaptée au contexte technologique actuel, mais sur laquelle les législations contemporaines sont encore basées, nous met dans une situation politiquement explosive.

Quand la jurisprudence s’était saisie pour la première fois de la question en 1890, le droit à la vie privée avait été défini par Louis Brandeis et Samuel Warren comme the right to be left alone (« le droit d’être laissé en paix »). La notion de vie privée d’avant Internet pouvait être qualifiée de « privacy comme pénétration ». La sphère privée serait un objet pénétrable : un ensemble de données concentriques qui entourent un noyau dur d’informations sensibles. C’est une hiérarchie rigide d’informations, allant des plus notoires, connues par autrui, jusqu’aux plus intimes et nécessitant d’un maximum de protection.

Ce modèle, pour autant qu’il représente une situation idéale, n’a plus de sens dans un contexte de connectivité généralisée. Sur Internet, personne n’a envie d’être laissé en paix, de vivre une vie dans l’isolement. Au contraire, nos technologies sociales sont accompagnées par la promesse d’une vie relationnelle riche et brillante.

La vie privée aujourd’hui est plutôt caractérisée par le besoin de maitriser l’information qui circule sur notre compte, les modalités de partage de cette information, l’accès à cette information. Chaque fois que nous téléchargeons une application sur nos téléphones, que nous nous inscrivons sur un nouveau site web, nous formulons un ensemble d’attentes implicites ou explicites, lesquelles—lorsqu’elles sont trahies par les propriétaires des services ou par les pouvoirs publics censés les faires respecter—déterminent à nos yeux autant de « violations de la vie privée ».

La vie privée est désormais une négociation, basée sur la recherche d’un accord entre plusieurs parties, plus que sur une régulation émanant d’une seule d’entre elles. Les acteurs recherchent une consonance, confrontent leurs intérêts, sont prêts à des concessions mutuelles en termes de dévoilement et d’accès à des informations potentiellement sensibles.

La perte de privacy sur certains éléments n’équivaut pas à une débâcle incontrôlée, mais plutôt à une retraite stratégique sur des points au sujet desquels la négociation est difficile. On accepte de ne pas déployer des efforts imposants quand on sait que l’on n’a pas beaucoup de chances de réussir, mais on concentre les efforts ailleurs. Par exemple sur la création de privilèges différenciés d’accès au profil, en autorisant seulement certains individus à atteindre certains contenus ; ou bien sur la création de faux profils « anonymes » pour chercher à maîtriser ce qui est associé à l’identité civile de l’utilisateur ; ou encore sur la publication de « notices de vie privée », ces messages certes inefficaces mais symptomatiques d’une volonté des utilisateurs de réaffirmer qu’ils détiennent un droit personnel sur les éléments partagés.

 

« Négociation de la vie privée » ne veut pas dire « marchandisation » des informations personnelles

Le mot négociation a pu paraître, aux lecteurs moins attentifs de mes travaux, un synonyme de « monétisation ». Cela évidemment fait écho aux discours portés par les acteurs de l’économie numérique. Déjà en 2011, le World Economic Forum décrivait les données personnelles comme des catégories d’actifs émergents. La tentation de mettre en place un marché des données personnelles, où chacun pourrait céder des « morceaux de vie privée » moyennant le paiement d’un montant spécifié, doit être combattue. D’où l’urgence de réaffirmer ma position à cet égard : je suis résolument contre la « privatisation de la vie privée », c’est-à-dire la réduction des données personnelles à des objets de propriété privée.

Le Conseil d’Etat, dans son étude annuelle 2014 s’est prononcé contre l’instauration d’un tel droit de propriété privée et, la même année, le Conseil national du numérique français avait invoqué dans un rapport sur la neutralité du net le besoin d’équilibrer « le rapport de force entre consommateurs et entreprises » : la vente de donnée sous un régime de propriété privée ne pourrait alors générer que « des revenus anecdotiques », et déboucherait sur un renforcement des inégalités entre citoyens.

Dans le contexte actuel la vie privée ne peut plus être une transaction où chaque individu serait seul face aux autres, mais une concertation où les motivations des citoyens se combinent pour créer des collectivités sociales (groupes de pression, association spécialisées, instances reconnaissables de porteurs d’intérêts) qui engagent une confrontation avec les organisations industrielles et les pouvoirs étatiques.

Dans ma conception, la négociation de la vie privée se vit avant tout comme une négociation collective, conflictuelle et itérative, visant à adapter les règles et les termes d’un service aux besoins de ses utilisateurs. Le processus de détermination des conditions d’usage est jalonné par une série de batailles que les acteurs publics ont encore du mal à encadrer et résoudre – mais que les propriétaires de grandes exploitations de données et les concepteurs de plateformes de socialisation en ligne sont encore loin d’avoir gagnées.

De même, ces batailles sont loin d’être gagnées par les pouvoirs exécutifs cherchant constamment à brider le pouvoir de négociation de la société civile en diabolisant les usages numériques et en créant des paniques morales autour des pratiques citoyennes de protection de la vie privée sur Internet.

 

Cycles de privacy : « post-Charlie, Internet triste »

Mais revenons-en à cette vie privée dont, périodiquement, on annonce la mort. Pour prendre en compte la nature récurrente de cette annonce, dans notre livre Against the Hypothesis of the End of Privacy[3], mes co-auteures Paola Tubaro, Yasaman Sarabi et moi-même, avons avancé une explication en termes de « cycles de privacy ».

Ce qu’on observe du comportement des utilisateurs de médias sociaux généralistes est illuminant à cet égard. Au moment de l’inscription aux plateformes de socialisation numérique, les valeurs de la prédisposition moyenne à la protection de la vie privée (mesuré en agrégeant plusieurs indicateurs relatifs à une variété d’informations personnelles) diminue d’abord légèrement, quitte à augmenter fortement par la suite. Malgré un abandon initial de la vie privée (nécessaire aux utilisateurs pour se familiariser avec la plateforme et pour cumuler un capital social en ligne fait d’expérience, de réputation et de visibilité), une contre-tendance s’entérine : les utilisateurs de médias sociaux commencent à se surprotéger quand ils sentent que trop d’éléments de leur sphère privée sont menacés d’une perte de maîtrise.

Après l’analyse de séries historiques des conflits autour de la vie privée, nous avons pu démontrer que le dévoilement de soi est loin d’être une tendance linéaire. Les révélations (telles celles d’Edward Snowden depuis 2013), les failles de sécurité (comme celles qui émaillent l’histoire des médias sociaux depuis 2005) ou les annonces tonitruantes de nouvelles « mesures exceptionnelles » draconiennes et contreproductives (comme les toutes récentes voulues par le ministre de l’intérieur français) provoquent des dynamiques de surprotection des données personnelles qui contrebalancent ces événements perçus – à juste titre – comme des menaces pesant sur la vie privée des citoyens. Parfois cette surprotection passe par l’ajustement  des paramètres de confidentialités des plateformes, parfois par l’usage d’outils avancées (voir à cet égard la popularité croissante du chiffrement), parfois par l’adoption de comportements qui tombent dans une zone grise entre stratégies informelles et usages interdits par les plateformes.

cyclesprivacyFigure 1 – Cycles de vie privée. Source : Tubaro, Casilli, Sarabi (2014), p. 43.

Ces réactions et contre-réactions déclenchent une allure cyclique pour la vie privée qui commence à osciller entre des valeurs extrêmes vers le haut (surprotection) et vers le bas (ouverture forcée des profils utilisateurs voulue par les gouvernements ou par les entreprises privées).

Ce qui nous permet de mieux comprendre le sens de notre postulat initial : certaines forces sociales poussent pour remettre le compteur de la vie privée à zéro, les citoyens-utilisateurs réagissent en réglant au maximum leur protection, et ainsi de suite dans des fluctuations potentiellement infinies… les interventions des entreprises du numérique ou des gouvernements dans ce sens ne sont pas seulement de courte durée : elles ont l’effet inverse que celui espéré.

Le paradoxe de la vie privée n’est pas que tout le monde l’invoque et que si peux d’acteurs publics ou privés fassent effectivement quelque chose pour la défendre. Le paradoxe réel—nos travaux le montrent—est que l’intervention même des gouvernements et des fournisseurs de services de réseautage social déchaîne les réactions de sensibilisation à la prise en compte des la valeur sociale des données personnelles des utilisateurs.

 

Je terminerai en disant que ce qui se passe suite à la vague d’attentats qui a secoué plusieurs pays—le Canada en octobre 2014, l’Australie en décembre 2014 et la France le mois de janvier 2015—est justement un moment de ces cycles. « Post Charlie, Internet triste » : après les assassinats, Internet et les libertés numériques mêmes sont devenus les boucs émissaires pour les paniques morales les plus extrêmes et poussent le conflit autour de la protection de la vie privée à un autre niveau. Les explosions de rhétorique sécuritaire, les invocations d’un « Patriot Act à la française », la possibilité d’une surveillance numérique de masse encore plus inscrite dans la loi qu’aujourd’hui – ne constituent pas des exceptions. Ils ne font que déclencher un autre cycle de cette négociation collective qui oppose les gouvernements, les acteurs privés, les collectivités citoyennes et les nouvelles instances de gouvernance qui font surface au niveau locale dans une accélération centripète qui nous rapproche de plus en plus de cette valeur centrale qu’es notre vie privée.

 

[1] Antonio A. Casilli (2014) Quatre thèses sur la surveillance numérique de masse et la négociation de la vie privée, in Jacky Richard & Laurent Cytermann (eds.), Etude annuelle 2014 du Conseil d’Etat « Le numérique et les droits fondamentaux », La Documentation française, pp. 423-434.

[2] Cf. Antonio A. Casilli (2013) Contre l’hypothèse de la « fin de la vie privée ». La négociation de la privacy dans les médias sociaux, Revue Française des Sciences de l’Information et de la Communication, 3 (1).

[3] Paola Tubaro, Antonio A. Casilli, Yasaman Sarabi (2014) Against the hypothesis of the « end of privacy ». An agent-based modelling approach to social media, Berlin: Springer.

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[Slides] Séminaire EHESS Benjamin Tincq et Arthur De Grave “L’économie collaborative” (16 févr 2015) #ecnEHESS

Pour la quatrième séance de mon séminaire EHESS Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques nous avons eu le plaisir d’accueillir Benjamin Tincq, spécialiste de l’économie collaborative et contributive et co-fondateur du collectif international OuiShare et Arthur de Grave, coordinateur parisien et animateur du magazine Ouishare. Ils ont été accompagnés par Paola Tubaro (Université de Greenwich/CNRS) qui a tenu le rôle de discutante. Voilà les slides de leur intervention :

L'Economie collaborative – Séminaire EHESS Benjamin Tincq, Arthur de Grave from Bodyspacesociety Blog

L’économie collaborative : promesses et limites

Intervenants : Benjamin Tincq, Arthur de Grave
Discutant : Paola Tubaro

Depuis une dizaine d’années, et avec une accélération notoire au début des années 2010, un nouveau mode d’organisation des rapports économiques et sociaux fascine, inspire ou effraie les acteurs dits traditionnels. Plateformes et systèmes locaux d’échanges de biens et de services entre particuliers, circuits courts, production de savoirs en communs, fabrication distribuée dans des fab labs, coworking, financement participatif, monnaies complémentaires…  Ce modèle, basé sur les échanges dits “peer-to-peer” et qui peut-être vu comme un prolongement dans le monde physique des pratiques qui ont émergé dans l’espace numérique, c’est l’économie collaborative.

Si ses contours peuvent encore faire débats dans les milieux académiques, on peut toutefois la définir comme l’ensemble des pratiques et des modèles économiques organisés en réseaux, ou de communautés d’usagers, lesquels endossent tour à tour les casquettes de “consommateur” et de “producteur”.  Son développement apparaît aujourd’hui exponentiel, notamment par le prisme de la croissance fulgurante des plateformes de consommation collaborative telles qu’Airbnb et BlaBlaCar, des montants collectés en financement participatifs qui doublent tous les ans, tout comme le nombre de Fab Labs…  Beaucoup des modèles de l’économie collaborative portent en eux des promesses d’empowerment, de lien social ou et soutenabilité, mais ces dernières ne sont pas exemptes de frictions : conflits avec les acteurs économiques historiques ou les règlementations existantes, risques d’hyper concentration de la valeur pouvant aller à l’encontre des objectifs initiaux, impacts sur la définition même du travail et du contrat social, extension du domaine de la propriété intellectuelle.

Slides des séances passées : Mercredi 19 novembre 2014
Antonio A. Casilli (Télécom ParisTech/EHESS)
« Le trolling en tant que ‘travail numérique’ »Lundi 15 décembre 2014
Irène Bastard (Telecom Paristech) et Christophe Prieur (Univ. Paris Diderot)
« Algopol : une expérimentation sociologique sur Facebook »Lundi 19 janvier 2015
Xavier de la Porte (Rue89)
« Retour sur l’expérience ‘Place de la Toile’ »Détail des prochaines séances :

Lundi 16 mars 2015
Ksenia Ermoshina (Mines ParisTech) et Rayna Stamboliyska (IRIS Sup’)
« Internet et militance en Russie »
salle 5, 17h-20h

Lundi 18 mai 2015
Boris Beaude (EPFL)
« Numérique : changer l’espace, changer la société »
salle 5, 17h-20h

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[Storify] Séminaire EHESS Xavier de la Porte “Retour sur ‘Place de la Toile’” (19 janv 2015) #ecnEHESS

Pour la troisième séance de mon séminaire EHESS Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques nous avons eu un invité spécial : Xavier de La Porte, rédacteur en chef du site d’information Rue89, chroniqueur à Radio France et membre du comité de rédaction de la revue Vacarme. L’occasion pour revenir sur une expérience centrale pour les cultures numériques françaises : l’émission « Place de la toile », qu’il a animé pendant 6 ans sur France Culture.  Il a été accompagné par Thibault Henneton, journaliste au Monde Diplomatique, qui fut son collaborateur.

xporte

Le séminaire a eu lieu le lundi 19 janvier 2015, dans l’amphithéâtre F. Furet de l’EHESS et livetweeté sur Twitter, via le hashtag #ecnEHESS. Voici le compte rendu sous forme de Storify concocté par Rayna Stamboliyska.

 

Retour sur l’expérience « Place de la toile »

Intervenant : Xavier de la Porte

Résumé : « Pendant 8 ans, l’émission Place de la Toile a suivi l’évolution des réflexions concernant les nouvelles technologies et leurs usages. Une époque qui recouvre l’explosion des réseaux sociaux, l’accélération de la crise de la presse, la création d’Hadopi, la première campagne (numérique) d’Obama, Wikileaks,  les révolutions arabes, l’affaire Snowden etc. Autant d’événements et de phénomènes que l’émission a essayé de comprendre. Dans un contexte où c’est aussi le champ de la pensée sur le numérique qui évoluait,et le média radiophonique en lui-même. C’est cette petite histoire que nous essaierons de raconter. »

Slides des séances passées :

Mercredi 19 novembre 2014
Antonio A. Casilli (Télécom ParisTech/EHESS)
« Le trolling en tant que ‘travail numérique’ »

Lundi 15 décembre 2014
Irène Bastard (Telecom Paristech) et Christophe Prieur (Univ. Paris Diderot)
« Algopol : une expérimentation sociologique sur Facebook »

Détail des prochaines séances :

Lundi 19 janvier 2015
Xavier de la Porte (Rue89)
« Radio et cultures numériques : Retour sur l’expérience ‘Place de la Toile’ »
salle 5, 17h-20h

Lundi 16 février 2015
Benjamin Tincq (Ouishare) et Paola Tubaro (University of Greenwich/CNRS)
« L’économie collaborative : promesses et limites »
salle 5, 17h-20h

Lundi 16 mars 2015
Ksenia Ermoshina (Mines ParisTech) et Rayna Stamboliyska (IRIS Sup’)
« Internet et militance en Russie »
salle 5, 17h-20h

Lundi 18 mai 2015
Boris Beaude (EPFL)
« Numérique : changer l’espace, changer la société »
salle 5, 17h-20h

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[Nouvel article] Pourquoi la radicalisation des communautés d’Internet n’est pas une fatalité

J’ai le plaisir d’annoncer la parution dans le dernier numéro de la Revue Française de Sociologie de notre nouvel article :

How to build consensus in a health-oriented online community: modelling a “pro-ana” forum.
Antonio A. Casilli, Juliette Rouchier & Paola Tubaro.
Revue Française de Sociologie, vol. 55, n. 4, 2014, pp. 731-764.

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01109220
Cliquer sur l’image pour le pdf de la version preprint.

(pour citer l’article, merci de vous référer au texte publié).

Issu de notre projet de recherche ANAMIA, l’article élabore une réponse à la question : est-ce que les membres des plateformes numériques où des opinions controversées sont débattues ont tendance à se radicaliser et à adopter des comportements dangereux ?

Cette problématique a d’importantes retombées dans des domaines disparates, de la politique, à la culture, à l’économie. Nous avons décidé de mettre l’accent sur la santé – plus précisément sur les troubles alimentaires. S’il est un enseignement à tirer de l’étude des « forums pro-ana », c’est que les attitudes paradoxales à l’égard du comportement alimentaire peuvent conduire à une forte polarisation. Sous quelles conditions les personnes vivant avec l’anorexie et la boulimie acceptent ou refusent la médiation médicale ? Comment adoptent-elles une orientation « pro-guérison » ou une orientation « pro-pathologie » ?

Après un terrain d’enquête de trois ans et plusieurs expériences in silico réalisées à l’aide d’un modèle multi-agent spécialement conçu (ANAMIA_F), nos conclusions déjouent certains des acquis de la littérature existante sur les dynamiques de diffusion des opinions via Internet.

https://github.com/Bodyspacesociety/ANAMIA_F

Cliquer sur l’image pour télécharger le logiciel ANAMIA_F
(disponible sur Github sous licence GPL).

Le résultat principal de notre travail est que la radicalisation n’est pas une fatalité : elle ne survient que dans des circonstances très spécifiques. Dans la détermination de ces circonstances, les attitudes initiales (utilisateurs intrinsèquement plus radicaux ou plus modérés) importent moins que les mécanismes de participation en ligne. Le taux d’engagement actif et le taux de renouvellement des membres de la communauté – deux variables négativement impactées par la censure – influencent l’émergence de positions modérées.

Ces résultats peuvent aider l’adoption de politiques publiques qui soient à la fois efficaces dans la promotion de comportements de santé et respectueuses de la liberté d’expression en ligne.

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No CAPTCHA: yet another ruse devised by Google to extract free digital labor from you

Short version:

Question: What is “No CAPTCHA reCAPTCHA”?
Answer: A ruse devised by Google to extract some sweet, free, Mechanical Turk-like digital labor from its users.

Long version:

So far reCAPTCHA allowed Google to extract digital labor from users, i.e. to make users produce value for Google without them knowing. When you needed to retrieve the occasional password or to post a comment on certains blogs, you had to “verify that you were human” by typing in words that would ultimately help Google Books digitize texts, or detect house numbers to improve Google Street View.

But people at Mountain View’s Googleplex heard reCAPTCHA could be frustrating to you, beloved user. So “No CAPTCHA reCAPTCHA” was introduced. “No CAPTCHA” is a new system which does not burden you with deciphering distorted text. It simply asks you “are you a robot?”

Well, not simply that. It also grabs a bunch of personal data along the way. How? Via simple questions, subsequently linked to your profile on websites connected to its API: personal preferences, opinions, behaviours… yeah, questions as innocent as “your favorite color” can actually tell a lot about you.

Moreover, what “No CAPTCHA” does is basically track your past behaviour. If it has enough data to feast upon, because you have cookies and web browser history on, it puts you on a whitelist and lets you in whichever service it is attached to. But if you are browsing in private mode or if it finds the info it has on you does not suffice to appease its hunger for data, it will face you with even more annoying reCAPTCHAs.

Yes, even more annoying: why limit to unintelligible words, Google ingeneers seemed to say, when you can force users to recognize forms, tag pictures, etc? It’s not only single Google Books or Google Street View instances you’re recognizing. Now, you’re actually training Google’s computer vision algorithms to recognize faces, detect locations, reconstruct scenes.

cat_captcha

These are the kind of Human Intelligence Tasks (HITs) that are performed by members of another popular service: Amazon Mechanical Turk, a crowdsourcing marketplace where humans “help machines” to perform such assignments. Only difference: “turkers” receive monetary payments for the microwork they provide. Google’s “noCAPTCHERs” don’t. At present, turkers have engaged a complex process of community-building centered around recognizing their role as workers. Will no CAPTCHA lead to the same awareness or, on the contrary, will it defuse any attempt to create support and collective action among its users?

Anyway, enough with this rant. Here’s the official presentation of No CAPTCHA reCAPTCHA and… keep up the good digital labor.

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[Slides] ‘Etudier Facebook avec Algopol’ séminaire #ecnEHESS (Irène Bastard & Cristophe Prieur, 15 déc 2014)

Pour la deuxième séance du séminaire EHESS Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques nous avons eu le plaisir d’accueillir Irène Bastard (Orange Labs et Télécom ParisTech) et Christophe Prieur (Université Paris Diderot-Paris 7) pour parler de leur projet de recherche ANR Algopol. Le séminaire a eu lieu le lundi 15 décembre 2014, de 17h à 20h, salle 2, 105 bd. Raspail, Paris.

Algopol : une expérimentation sociologique sur Facebook

TITRE : Algopol : une expérimentation sociologique sur Facebook

INTERVENANTS : Irène Bastard (Orange Labs/Télécom ParisTech) et Christophe Prieur (Université Paris Diderot-Paris 7)

RESUME : L’application Algopol est une expérimentation sociologique lancée en décembre 2013 : elle collecte les comptes Facebook des enquêtés et leur permet de visualiser leur réseau d’amis Facebook sous la forme d’une carte interactive. Le projet entre ainsi dans la catégorie des recherches en informatique et sciences humaines utilisant des « big data », tout en rappelant que le sens donné aux activités ne peut être signifié que par les enquêtés par une approche qualitative. Avec 1 Téraoctet de données sur plus de 12 000 individus, et des entretiens semi-directifs ou en démonstration, que peut-on dire du web des individus ? Ou plutôt, le web des individus, entremêlé au web des contenus, peut-il produire une représentation signifiante de la société ?

Cette question sera abordée par la perspective de la diversité. Si les usages du web sont connus comme hétéroclites, les dispositifs et les réseaux sociaux doivent alors intégrer deux diversités : celle des pratiques des internautes, qui sera observée en étudiant leurs profils et leurs activités ; et celle des contenus circulant, qui sera envisagée au regard des contenus médiatiques. Sur ces deux volets, l’analyse de la structure des réseaux des enquêtés apporte un éclairage essentiel, puisqu’elle permet d’approcher la multiplicité des contextes d’expression d’un même individu.  Elle permet dans le même temps d’interroger la force et la nature des liens matérialisés sur une plateforme qui a résolument donné au mot “ami” une définition protéiforme.

En complétant l’analyse des traces d’activité et d’interactions par des entretiens, l’enquête Algopol pourra décrire les multiples modalités d’agencement d’interactions qui mêlent règles d’usage et ajustements ponctuels, produisant des « algorithmes relationnels » potentiellement distincts des « algorithmes techniques ».

>> Pour aller plus loin : article d’InternetActu sur la méthodologie Algopol.

Slides des séances passées :

Mercredi 19 novembre 2014
Antonio A. Casilli (Télécom ParisTech/EHESS)
« Le trolling en tant que ‘travail numérique’ »

Détail des prochaines séances :

Lundi 19 janvier 2015
Xavier de la Porte (Rue89)
« Radio et cultures numériques : Retour sur l’expérience ‘Place de la Toile’ »
salle 5, 17h-20h

Lundi 16 février 2015
Benjamin Tincq (Ouishare) et Paola Tubaro (University of Greenwich/CNRS)
« L’économie collaborative : promesses et limites »
salle 5, 17h-20h

Lundi 16 mars 2015
Ksenia Ermoshina (Mines ParisTech) et Rayna Stamboliyska (IRIS Sup’)
« Internet et militance en Russie »
salle 5, 17h-20h

Lundi 18 mai 2015
Boris Beaude (EPFL)
« Numérique : changer l’espace, changer la société »
salle 5, 17h-20h

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[Slides] Portrait du troll en travailleur revolté (séminaire #ecnEHESS 19 nov 2014)

La première séance de mon séminaire EHESS Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques (hashtag Twitter : #ecnEHESS) a eu lieu le mercredi 19 novembre 2014. Les slides de ma présentation, portant sur les liens entre trolling et ‘digital labor’, sont disponibles ici :

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Le trolling en tant que ‘travail numérique’

Antonio A. Casilli (Telecom ParisTech / EHESS)

Le troll, l’internaute qui tient des propos inflammatoires et qui parasite les conversations en ligne, est désormais synonyme de tous les maux du monde en réseau : piratage, abus, calomnies, racisme, harcèlement, sexisme, spam, cybercrime, terrorisme… Archétype humain inspiré des légendes scandinaves et des « tricksters » des mythes africains et amérindiens, il est au centre de discours de plus en plus alarmistes d’éducateurs et de décideurs publics, et fait l’objet de législations spécifiques. Le projet politique qui se profile derrière ces efforts, celui d’un « internet civilisé », colporté par les droites européennes depuis la moitié des années 2000, ne peut pas être appréhendé d’un point de vue critique si nous ne comprenons ce qu’est une civilisation numérique et sur quelles valeurs elle s’appuie.

C’est à ce moment-là que la « barbarie digitale » du troll cesse d’être une simple curiosité culturelle et devient une manière d’apercevoir, en creux, les valeurs partagées par les citoyens de la société en réseau : participation, sociabilité, dévoilement d’informations personnelles, et « digital labor ». Ce dernier désigne l’ensemble des activités et des usages numériques qui peuvent être assimilés au travail mais ne sont pas reconnus comme tel. C’est un travail à faible intensité et à faible expertise, qui se concentre surtout sur l’usage de plateformes sociales, d’objets connectés ou d’applications mobiles. De la moindre requête sur un moteur de recherche à la mise en ligne de contenus générés par les utilisateurs, des nouvelles formes de l’activité travaillée s’articulent avec une économie informelle qui cache la précarisation croissante des emplois.

En tant que pattern d’interactions sociales basées sur la production et le partage de contenus, le trolling se prête à une récupération marchande dans plusieurs univers professionnels. Les marques s’en servent pour dénicher des mèmes et faire de la communication virale ; la communication politique pour monter des campagnes de propagande ou pour discréditer les adversaires ; les concepteurs de logiciels et de jeux-vidéos pour tester leurs produits. La monétisation du trolling dans l’économie numérique témoigne de son rôle naissant de levier de l’innovation et de son importance croissante pour la création de valeur. Il existe néanmoins des contradictions. D’abord dans l’attitude ambivalente des entreprises du secteur numérique qui semblent osciller entre la répression et l’exploitation des comportements « disruptifs » des leur main-d’œuvre digitale. Plus intéressants encore sont les répertoires d’actions spécifiques (détournement, dégradation, reprise individuelle, collectivisation) et les modalités de conflit qui passent par le trolling et pointent la prolifération paradoxale d’approches antagonistes, ainsi que la potentialité d’une mouvance d’autonomisation des usagers-laborers.

Se dessine alors l’hypothèse d’une inscription de ces comportements anomiques dans la filiation historique des luttes des prolétariats industriels, la « rude race païenne, sans foi, ni loi, ni idéal » analysée par les théoriciens de l’opéraïsme. Si les hackers héritent des « sublimes », ouvriers émancipés maîtres de leur temps et de leur mobilité, les trolls quant à eux s’apparentent peut-être davantage aux « canuts », auxquels on impute l’invention de la pratique du sabotage (la destruction de machines industrielles à l’aide de sabots). C’est la machine à tisser le lien social, la machine à moudre les opinions qu’est devenu Internet, à laquelle ces invisibles du travail numérique s’attaquent. C’est la rhétorique irénique des médias sociaux où l’amitié et l’esprit de communauté semblent devoir triompher à tout prix, où l’utopie d’une liberté soustraite à toute contrainte matérielle plane encore sur un univers d’usages de plus en plus censuré, compartimenté, surveillée. Le trolling nous rappelle la possibilité – mieux, la certitude – du conflit et de sa force mercurielle, qui attire et fascine. Et nous met face à une question complexe : assistons-nous à la naissance d’un « cognitairiat », d’un « pronétariat », voire même d’un « trollétariat » ? Sans doute, des nouveaux sujets sociaux se trouvent-ils réunis sous le signe de l’« impossibilité humaine » d’une classe, qui se cache derrière ce que Nietzsche aurait décrit comme «un arrangement social incompréhensible et inopportun ».

 

Prochaines séances 2014/15

 

 

 

 

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Clowns effrayants : marre d’être le seul à ne pas avoir pondu une analyse super intelligente…

The English version of this post is available on Medium (with a slightly different title).

Halloween vient de passer, mais la panique ne semble pas près de s’arrêter. Les « clowns effrayants » ! La plus grave crise que la France ait connue depuis la Grand Peur de l’été 1789, la rumeur d’Orléans de 1969 et le bug de Facebook de 2012 ! 1 Le peuple a peur. Les forces de l’ordre semblent impuissantes.

Arrestclown

On se tourne alors vers les intellectuels pour demander des réponses. Sur ce sujet plein de personnes super intelligentes ont dit des choses super intéressantes. Certes, ils les ont dites au bout de dizaines de sollicitations de la part de journalistes qui voulaient juste écrire des histoires type : « Notre société devient de plus en plus violente, chère madame, et c’est la faute à Internet », mais bon… Le psychologue Yann Leroux, par exemple, reconnait que les clowns maléfiques « nous apprennent tout d’abord que notre manière de réagir devant les difficultés de la vie est en train de changer. La rage et la violence sont en train de remplacer la dépression comme modalité organisée aux difficultés de la vie ». L’infocommien Olivier Ertzscheid insiste sur la facilité des sentiments primitifs à se propager « sur les réseaux sociaux, qui disposent du plus fort potentiel de viralité ».

Petit aparté : si vous êtes chercheur et que vous voulez être interviewé, c’est très bien d’écrire un billet de blog « de positionnement ». Comme ça, les journalistes qui tombent sur vous après avoir googlé « sociologie + clown » (ou n’importe quelle autre combinaison de « nom de discipline universitaire + sujet sur lequel le journaliste mise cette semaine pour faire un max de partages sur Facebook ») savent déjà ce que vous allez leur raconter.

Bref, j’en avais marre d’être le seul à ne pas avoir pris le temps de pondre une analyse bien touffue de ce phénomène des clowns effrayants. Et pourtant, j’aurais tellement de choses à dire à ce sujet ! Il n’y a pratiquement pas d’aspect de notre société ou de notre culture que je ne sois pas capable de mettre en relation avec ces fichus clowns. C’est pourquoi j’ai créé le hashtag ‪#‎ToiAussiAnalyseLesClownsMalefiques‬ sur Twitter, réunissant toutes mes idées les plus brillantes.

 

Si vous êtes journaliste, vous pouvez choisir le thème qui mieux s’adapte à l’angle de votre papier, puis prendre rendez-vous téléphonique avec moi. Je vais volontiers gâcher une heure de mon temps pour développer in extenso avec vous ce que je ne pouvais pas dire sur Twitter à cause de la contrainte des 140 caractères. Aussi, avant de m’appeler, il vaudrait mieux que vous lisiez la note 1 de ce billet ! Trololo.

  1. L’usage de points d’exclamation indique que je suis en train d’utiliser un expédient rhétorique connu sous le nom de « sarcasme ». Rien que dans ce billet, je vais m’en servir au moins à deux autres endroits, donc faut s’y faire, hein.
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Programme 2014/15 de mon séminaire ‘Etudier les cultures du numérique’ #ecnEHESS

ENFIN ! Pour la septième année consécutive (et après avoir risqué d’être annulé d’office par l’EHESS) (et après avoir pris un retard fou), le séminaire Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques (#ecnEHESS) reprend pour l’année universitaire 2014/15. Pour récompenser votre patience, le programme de cette année réserve plus d’une surprise.

semEHESS14

Comme toujours les inscriptions sont ouvertes aux auditeurs libres : il suffit d’envoyer un petit mail gentil via ce formulaire. La première séance aura lieu le mercredi 19 novembre 2014. Les séances successives, le troisième lundi de chaque mois de 17h à 20h. NB: le seminaire a lieu à l’EHESS, 105 bd. Raspail, de 17 à 20h. Pour les dates et les salles, se référer à la page de l’enseignement.

Programme « Etudier les Cultures du Numérique »

 

  • Mercredi 19 novembre 2014
    Antonio Casilli (Télécom ParisTech/EHESS)
    « Le trolling en tant que ‘travail numérique' »
    salle 2, 17h-20h

 

  • Lundi 15 décembre 2014
    Irène Bastard (Telecom Paristech) et Christophe Prieur (Univ. Paris Diderot)
    « Algopol : une expérimentation sociologique sur Facebook »
    salle 2, 17h-20h

 

  • Lundi 19 janvier 2015
    Xavier de la Porte (Rue89)
    « Radio et cultures numériques : Retour sur l’expérience ‘Place de la Toile' »
    salle 5, 17h-20h

 

  • Lundi 16 février 2015
    Benjamin Tincq (Ouishare) et Paola Tubaro (University of Greenwich/CNRS)
    « L’économie collaborative : promesses et limites »
    salle 5, 17h-20h

 

  • Lundi 16 mars 2015
    Ksenia Ermoshina (Mines ParisTech) et Rayna Stamboliyska (IRIS Sup’)
    « Internet et militance en Russie »
    salle 5, 17h-20h

 

  • Lundi 18 mai 2015
    Boris Beaude (EPFL)
    « Numérique : changer l’espace, changer la société »
    salle 5, 17h-20h
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